Entre-temps de nouveaux changements dans l'agriculture européenne ont vu le jour. Dans le contexte d'une hausse de prix des denrées alimentaires, notamment des céréales, le prix du blé ayant doublé dans un an, au niveau mondial il y a de moins en moins la nécessité de protéger le céréaliers par des aides financières directes. En ce qui concerne les quotas, le récent manque de lait en Europe (2 à 3 milliards de litres selon le Monde) a montré que le plafonnement artificiel de la production peut rendre les agriculteurs incapables de réagir à une demande augmenté. Par contre les restrictions dans le secteur laitier ont fini par dissuader une partie des éleveurs qui se sont réorientés vers des productions moins réglementées.
La flambée des prix des denrées alimentaires va permettre à l'EU d'accélérer d'avantage le découplage, mesure qui est conforme aux exigences de l'Organisation mondiale du commerce. Bien que le budget européen ne devrait être modifié qu'en 2013, la Commission est en train de préparer un « bilan de santé » de la PAC, destinée à adapter la politique aux conditions changées de l'agriculture, qui devrait être adoptée avant la fin de l'année 2008. Les propositions de la Commission pour l'adaptation de la PAC qui ont été remises au Conseil des ministres le 21 mai, se concentrent sur l'amplification attendue du découplage et plaident pour abroger le « soutien partiellement couplé ». Lors de la réforme de 2003 plusieurs pays s'étaient opposés au découplage entier, craignant une instabilité de la production. Dans son rapport, la Commission constate cependant que le découplage n'aurait pas provoqué de grandes changements dans la structure agricole. Elle propose donc de supprimer l'aide couplée sauf dans quelques régions sans possibilités de diversification économique. Le taux de jachère obligatoire de 10% serait annulé, ainsi que les quotas de lait seraient progressivement augmentés jusqu'à leur échéance en 2015.
Un autre aspect introduit dans la PAC par la réforme de 2003 est la soi-disant « Conditionnalité », ce qui veut dire que les aides financières sont versés sous condition de l'adhérence à des normes concernant la préservation de l'environnement, la santé publique et le bien-être des animaux. La commission conseille de renforcer l'aspect conditionnel des aides, réévaluer les normes en question et y ajouter comme nouvelle condition une gestion responsable des eaux.
La Commission propose encore d'augmenter le taux de « modulation », désignant la partie des aides directes qui doit être utilisée pour le développement rural, le « deuxième pilier » de la PAC. Actuellement 5% des paiements sont prévus pour cette tâche, où sont compris les mesures contre ce que la Commission appelle les « nouveaux défis », à savoir les changements climatiques ou la préservation de la biodiversité. Une augmentation progressive de 8% est proposée pour les aides singulières de 5000 à 100 000 Euros, alors que encore plus serait pris dans les grandes exploitations recevant plus de 100 000 Euros par an.
La finalité de la PAC est le désengagement de l'UE par rapport au marché et aux choix de production, tout en garantissant par les biais des normes de « Conditionnalité » la qualité des produits et la pérennité de l'agriculture. Mais les États membres ont encore leur mot à dire. La France, premier producteur agricole de l'Europe est depuis toujours fervemment opposée à une PAC moins productiviste. Les agriculteurs eux-mêmes craignent une suppression des aides et les organisations agricoles COPA et COGECA se défendent dans un communiqué passé en juin contre l'idée qu'ils tireraient grand profit de la flambée des prix. Mais finalement ce seront les consommateurs qui devront s'habituer à des prix plus élevés en l'absence de subventions protecteurs, d'autant plus qu'une agriculture plus saine et plus pérenne est toujours aussi plus coûteuse. On compte sur l'UE et l'aspect « biologique » de la PAC pour ne pas nous laisser le choix entre produits qui vont au dépens de notre terres et notre santé et ceux qui demandent plus de travail et donc plus d'argent.
1 commentaire:
La PAC qui tue
Heureusement la PAC est à la recherche d’une nouvelle identité !!! Car, pour le dire de façon claire et nette, son identité ancienne était l’identité d’un monstre, la personnification d’une injustice coupable de la pauvreté, de la famine et du mort de millions d’hommes.
La politique agricole commune de l’Union Européenne, et de même façon la politique agricole des Etats-Unis, est largement responsable du sous-développement du tiers-monde : Elle protège les agriculteurs européens de la concurrence des pays du sud à un coût non-justifiable. Certes, les fermiers européens contribuent fortement à une nourriture sécurisée, à une qualité d’aliments sans précédent, et à un soin de paysage très important pour la société et la nature – mais le coût est trop haut, il est mortel.
Défendu par les droits de douane extrêmement élevés, les pays riches tuent toute possibilité pour les pays pauvres de vendre leurs produits sur les marchés derrière ces murs douaniers. Pourtant, ils ne sont pas seulement des bunkers protectionnistes qui se protègent, mais aussi les bunkers qui tirent aux autres : En utilisant des subventions directes ou indirectes, et encore plus des subventions à l’exportation, ils inondent les marchés des pays pauvres avec leurs produits aux prix de dumping. L’agriculture locale est détruite, et c’est l’agriculture qui emploie 90% des habitants des pays en voie de développement et qui les nourrit.
C’est une situation perverse : Bien que les pays pauvres ne puissent par définition pas concourir avec les produits industriels, ils sont aussi empêchés de concourir avec les produits agricoles. Bien que les pays pauvres aient à la base un avantage comparatif, les pays riches leurs dénient le droit de l’utiliser. Bien que les pays riches prônent le libéralisme, ils obéissent un protectionnisme extrêmement destructeur.
Pour cette raison, la récente hausse des prix d’aliments n’aide personne. S’il y n’avait ni des subventions ni des droits de douane, et si donc les pays pauvres possédaient une agriculture développée et prospérant, ils profiteraient de la hausse des prix – mais avec cette concurrence frauduleuse de la PAC, leurs habitants meurent de faim.
Mais quoi faire ? C’est un plaidoyer pour une abolition totale de toute mesure protectionniste, pour l’introduction d’un vrai marché agriculteur en Europe, pour la libre concurrence et pour des chances pour le tiers-monde. C’est un plaidoyer de s’en foutre de l’agriculture en Europe, même s’il y en aura moins après la reforme proposé. En fin du compte, moins d’un pourcent des citoyens européens travaillent dans ce secteur, et si on soustrait les subventions, le secteur n’est pas profitable non plus. Finalement, pour résumer, la PAC est un grand programme d’aide pour les fermiers aux frais du tiers-monde.
L’UE ferait mieux d’investir les moyens de la PAC dans l’éducation et dans les programmes de requalification des agriculteurs, et bien de payer quelques-uns pour s’occuper du paysage. En outre, il ne faut pas croire que toute agriculture serait terminée en Europe – il y aura toujours des branches compétitives, et aussi des branches des produits d’une haute qualité que les importations n’atteignent pas.
Heureusement, la PAC est à la recherche d’une nouvelle identité. Avec la diminution des subventions on est sur le bon chemin, beaucoup trop tard et trop lentement, mais quand même. Mieux vaut tard que jamais – espérons-nous que cette injustice touchera bientôt sa fin !
Enregistrer un commentaire